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NIGHT SHOP


ou L’Arabe du coin

Écrit et mis en scène par Jean-Marc Chotteau

Du mardi 09 mars au samedi 03 avril 2010
Au Salon de Théâtre, Tourcoing, (F)

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Production : La Virgule (Mouscron-Tourcoing)
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Avec le soutien de l’ADAMI
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Avec : Rachid Benbouchta, Frédéric Barbe, Cyril Brisse, Éric Leblanc, Carole Le Sone, Claire Mirande, Dominique Thomas
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et : Nicolas Deschildre, Corinne Lalondrelle, Lionel Quesnée
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Décor : Jacques Voizot
assisté de Frédérique Bertrand
Décor construit dans les ateliers communaux de Mouscron par : Jean-Marc Platteau, Marcel Bossut, Sébastien Halliez, Claudine Simoene, Vinciane Stragier
Constructions annexes : Alain Le Béon
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Assistanat à la mise en scène : Carole Le Sone
Lumière : Sébastien Meerpoel
Costumes : Léa Drouault
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Durée du spectacle : 2h50 avec entracte


Phototèque


C’est en fréquentant parfois, à la sortie des représentations, “les Arabes du coin”, ces épiceries encore ouvertes à minuit que l’on appelle aussi en Belgique “night shops”, que Jean-Marc Chotteau a eu l’idée de sa prochaine création. Gallodrome, bourloire, friche industrielle, piscine, on sait à quel point le metteur en scène de Texto aime faire parler les lieux de sa région et y trouver le décor de ses spectacles. Mais plus qu’un simple décor, son “arabe du coin” est un lieu de profonde humanité où se frôlent des destins, se délivrent des confidences, se découvrent des racines.



NOTE D’INTENTION

20 février 2008. Voilà qu’à la sortie de mon dernier spectacle, Le Réformateur de Thomas Bernhard, à peine délivré de ma loge et de la demi-heure de démaquillage, je me rends compte avant de rentrer chez moi que j’ai oublié d’acheter du pain pour le petit-déjeuner du lendemain. Il est plus de minuit. Qu’à cela ne tienne : quelques « Arabes du coin » sont encore ouverts à Lille. (C’est ainsi que l’on nomme ces petites épiceries d’alimentation générale qui semblent ne jamais fermer, pas même les dimanches)... Abdellaziz, que je connais, me sert ce pain de chez lui, peu salé et en forme de galette, et puis, tout en me demandant comment était ce soir le public, me propose amicalement une tasse de thé. Je parle, il m’écoute. Des clients aux origines les plus diverses entrent et sortent ; d’autres semblent vouloir s’attarder et poursuivre une conversation commencée la veille : tour à tour une dame sortant de l’Opéra et cherchant du champagne pour finir la soirée avec des amis, un videur de boîte de nuit, un sociologue, un SDF assoiffé, un flic, un couple d’étudiants... Je deviens le témoin d’une humanité bigarrée, un peu perdue et comme en soif de confidences, à cette heure où les braves gens sont censés dormir. Voilà que mon épicier de quartier se transforme en confesseur, voire en psychanalyste. Je suis comme au théâtre. Des répliques fusent ; j’ai parfois envie de rire, parfois je suis ému, et il m’arrive d’avoir peur. Les néons ne réchauffent pas l’atmosphère, mais mon « night shop » se colore d’une quête sensible de fraternité, à mesure qu’Abdellaziz, toujours dans une bienveillante écoute et une discrète retenue, permet à chacun de se livrer...
Je viens de trouver le lieu, le décor, le personnage principal de mon prochain spectacle. Il ne me reste qu’à l’écrire, ayant déjà son titre : Night Shop, ou bien L’Arabe du coin. Peut-être les deux. Et je sais ce que je veux y raconter. Il y sera question de racines et d’errance : la nuit, des solitudes, des émigrés de nulle part. Des mots qu’on échange comme des produits de première nécessité. Et je vois mon Arabe, fils d’immigré, comme l’héritier d’un tas d’histoires de son pays, contes et légendes, sentences et proverbes, qui lui permettent, à lui le déraciné, d’être de partout et de comprendre, de traduire, ces morceaux de vie qui viennent d’horizons qu’il ne connaît pas. Je demanderai à Jacques Voizot de signer le décor. Je le voudrais naturaliste, avec l’odeur de ses légumes, la crudité de ses éclairages, l’invraisemblable diversité des produits plus ou moins alignés sur ses étagères... Une télé est là qui braille un match de foot ou une émission de jeux stupide... Dans le fond de l’échoppe, une porte un peu secrète. Derrière, un téléphone, comme un cordon ombilical peut-être avec cette Afrique du Nord où demeure une mère, un parent ou un ami. Il y aura cinq nuits, cinq actes. Les mêmes clients reviennent chaque soir, comme un rituel. La pièce commencera au moment où l’Arabe ferme son rideau de fer, qu’il va rouvrir pour des clients de dernière minute. Ils savent qu’Abdellaziz est un dépanneur de l’essentiel. Le rideau de fer comme un rideau de théâtre. L’Arabe du coin est un théâtre.

Jean-Marc Chotteau, 3 Avril 2009.



EXTRAIT

Et tu sais, toi, Madame, pourquoi tu as comme nous tous ce petit creux au milieu de ta lèvre, ce joli petit sillon entre ton nez et ta bouche ? Eh bien, dans le ventre de ta mère, le fœtus que tu étais, il savait tout de tous les mystères de la vie. Mais ceux-ci sont si lourds à porter qu’au moment de naître, l’archange Gabriel t’a posé le doigt sur la bouche pour que tout soit scellé. Pour que tu te taises et que tu oublies. Tu portes la trace d’un ange.
Night shop