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Production : La Virgule (Mouscron-Tourcoing)
Avec : Estelle Boukni et Alan Le Rouzic Monot


Phototèque


L’ANNONCE À GUEVARA


De Michel Franceus
Mise en scène d’Éric Leblanc


Un soir de 1965. Dans son bureau de ministre de Castro, Ernesto Che Guevara reçoit la visite inopinée d’une ancienne maîtresse. Elle a un lourd secret à lui annoncer. Mû par ses idéaux, le révolutionnaire saura-t-il entendre la parole autrement engagée et sincère de Lisa ?

S’inspirant de faits réels pour écrire L’Annonce à Guevara, Michel Franceus nous donne une vision un peu désacralisée du « Che », derrière celle du personnage historique. Eric Leblanc, comédien permanent à La Virgule, sera le metteur en scène de cette création du Centre Transfrontalier.

Michel Franceus, l’auteur
Professeur, journaliste et homme politique, Michel Franceus, après plusieurs romans (La Courte paille, Chôme-Sud et Un Homme à la rue), revient au théâtre avec ses sujets préférés : la confrontation entre les espaces publics et privés, l’engagement politique et la réalisation de soi, le rêve et le quotidien. Sa passion pour la Méditerranée, les langues latines et les Caraïbes trouve ici son épanouissement. Cofondateur de La Virgule, militant du transfrontalier et de l’Europe des citoyens, Michel Franceus préside depuis dix ans aux destinées culturelles de la Ville de Mouscron.

Éric Leblanc, metteur en scène
Comédien depuis 1975, Éric Leblanc travaille au théâtre avec Gildas Bourdet, Christian Schiaretti, J.L. Martin Barbaz, Yves Graffey… Il met en scène Tonio Kröger d’après Thomas Mann et met en lecture dans un environnement vidéo Farenheit 451 d’après Ray Bradbury. Il joue dans de nombreuses créations de Jean-Marc Chotteau (Le Jour où Descartes s’est enrhumé, Petites Misères de la vie conjugale, La Comédie du paradoxe, L’Endroit du Théâtre, Jouer comme nous…), anime les ateliers-théâtre de La Virgule et de nombreux ateliers de sensibilisation. Sa mise en scène de L’Annonce à Guevara s’inscrit donc dans un travail de collaboration artistique au sein de La Virgule.

Alan Le Rouzic Monot, le Che
Premier prix du conservatoire royal de Bruxelles (classe de Bernard Marbaix), il a travaillé en tant que comédien à Louvain-la-Neuve avec Armand Delcampe, au Théâtre Royal du Parc avec Jean-Claude Idée, à l’abbaye de Villers-la-Ville avec Bruno Bulté.

Estelle Boukni, Lisa
Comédienne, diplômée en 2003 du Conservatoire d’Art dramatique de Lille. Elle intègre la Ligue d’improvisation de Marcq-en-Baroeul. Elle prend part, depuis, aux différentes créations et reprises de La Virgule, telles Le Bain des Pinsons, Jouer comme nous, Comma, Prises de becs au gallodrome et L’Annonce à Guevara.

Extraits du spectacle :

> Extrait 1 (début)

Guevara : Bon. Qu’est-ce qui t’amène ?...
Lisa : J’ai vu de la lumière et je me suis dit… (Elle abandonne l’ironie et sur un autre ton) : Non, c’est la solidarité… Un collègue de Radio Progreso a été suspendu pour avoir ironisé sur les pénuries et le ravitaillement désordonné.
Guevara : Et alors ? Tu ne trouves pas ça normal ? Voilà des années que nous suons sang et eau pour rendre non seulement la vie possible mais meilleure. Nos ouvriers, nos volontaires, nos consortiums, nos administrateurs, tout ce qui reste d’huile de coude dans ce pays se crève à la tâche et des intellectuels, journalistes de surcroît, ironisent…
Lisa : Ce n’est peut-être pas le bon mot. Il a juste dit qu’un Cubain serait le prochain champion du monde du brossage rapide des dents tellement notre pâte dentifrice durcit dans les trois secondes de la sortie du tube.
Guevara : Voilà bien des conneries d’intellectuel ramolli. La révolution n’a que faire de ce type de rabat-joie. Qu’il se lave les yeux avec son dentifrice rêche, il verra peut-être plus clair !
Lisa (toujours calme) : C’est un journaliste avisé, l’un des plus honnêtes. Il vous a toujours suivi de près. Il a livré une analyse des plus fouillées de la planification et du redéploiement industriel. Il compte parmi vos premiers défenseurs.
Guevara : Il ne s’agit pas de moi mais de ce que nous voulons pour ce pays. Depuis le 18 octobre 1960 et l’embargo yankee, nous avons lancé une révolution industrielle plus importante que celle menée par les armes dans la Sierra Maestra. La réforme agraire, les nationalisations, la diversification industrielle, les consolidados, tout ça, nous l’avons fait, non ? Pourquoi est-ce toujours aux intellectuels que je dois le rappeler ?

> Extrait 2 (Guevara et Castro)

Lisa (tranchante) : On dit, Comandante, que vous vous êtes engueulé avec Fidel ?
Guevara : … Oui et non… ça fait quelques années que nous nous frottons régulièrement… mais je le comprends : lui, il dirige le pays. Moi, ce pays, je le sers. C’est complètement différent. Je l’ai dit et martelé à Alger. Ben Bella, d’ailleurs, est d’accord avec moi. Les Soviétiques nous font des enfants dans le dos. (Il s’échauffe). Ils facturent au gros prix leur aide médicale à l’Algérie. Nous, nous l’offrons. Ils nous écrasent en proclamant partout une hérésie capitaliste, cette merde de loi de la valeur. Quel sens a-t-elle dans des pays socialistes ? Si on l’admet, elle signe la fin de la planification puisqu’on délaissera les secteurs lourds, difficiles, en faveur des plus rentables. Les Russes ont de l’argent, ils sont puissants, qu’ils paient, carajo, en aide aux pays socialistes moins nantis. Alors, ils seront dans la ligne de San Carlos qu’ils disent vénérer… (Il est près de s’étouffer).
Lisa : Calmez-vous, Comandante… C’est tout ça que vous avez dit à Alger ?
Guevara : Oui, en plus détaillé, avec une tonne de rage !
Lisa : Je ne suis pas étonnée que Fidel ait été fâché… Il doit ménager les Soviétiques, lui….
Guevara : Ménager, ménager. Ils nous ont ménagés eux ?… Au premier pavillon Yankee, ils ont retiré leurs fusées, sans nous demander notre avis, et aujourd’hui, ils nous saignent pour l’aide industrielle qu’ils nous apportent, sans parler de toutes leurs poquerias… Tout bien compté, ils deviennent alliés objectifs du capitalisme… Non, ce n’est plus possible…

> Extrait 3 (Le Che, la Révolution et les femmes)

Guevara : Il ne faut pas croire en l’amour des révolutionnaires en-dehors du moment où ils le donnent… Leur amour, c’est l’humanité, la justice…
Lisa : C’est bien ce que j’ai compris. Mais quand on est seule sous la couverture, ça ne remplit pas les draps. Les hommes sont plus capables de faire la coupure. Nous, nous restons avec la mélancolie dans la bouche et nous disons mañana, peut-être… C’est pour ça que les femmes sont moins révolutionnaires.
Guevara : Elles ne sont pas moins révolutionnaires mais plus soumises à l’histoire des sexes, au rôle social qui leur est dévolu depuis toujours dans les sociétés traditionnelles. Mais l’homme nouveau entraîne une femme nouvelle… (Il reprend son Maté)
Lisa : Sans doute, mais elle continuera de mettre les enfants au monde… rien que ça, c’est une différence totale…
Guevara : J’ai vu en Tchécoslovaquie la façon dont on organise la vie des femmes : crèches, jardins d’enfants, accueils après l’école, tout ça dans les entreprises. L’habitat lui-même est conçu pour une prise en charge collective des enfants. La nation entière assume la naissance et l’enfance…
Lisa : Peut-être… Je n’y suis jamais allée. J’imagine mal la même chose ici, dans nos pays latins… nous sommes trop différents, trop indépendants, trop convaincus que notre enfant n’est pas un autre…
Guevara : L’Etat saura montrer que la discipline et le souci d’un développement généralisé sont indispensables à la collectivité. Les états d’âme, les réactions de bourgeois apeuré, les protections douillettes n’ont plus leur place…
Lisa (Regardant la photo de Danilo) : Pour une mère, son enfant, c’est sa chair, son image et son cœur ! Tout ça, on ne le standardisera jamais.
Guevara : Bien sûr, mais le citoyen doit, dès sa naissance, pouvoir compter sur l’Etat et profiter de toutes les structures que cet Etat lui offre.