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Bartleby


"I would prefer not to"

D’après le roman d’Herman Melville
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Adaptation et mise en scène de Jean-Marc Chotteau
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Création La Virgule
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Spectacle proposé à l’abonnement
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Du 14 mars 2023 au 14 avril 2023

Salon de Théâtre, Tourcoing [F]

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• mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h00
• samedi à 17h00
• relâche dimanche et lundi
• NB. relâches exceptionnelles vendredi 24 et samedi 25 mars
..jeudi 06, vendredi 07 et samedi 08 avril 2023
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Complet : 16, 17, 22 et 23 mars, 04 et 11 avril
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Rencontre avec l’équipe artistique les mercredis et jeudis à la fin de la représentation.
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Réserver en ligne

 

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Production : La Virgule, Centre Transfrontalier de Création Théâtrale
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Avec : Renaud Hézèques, Éric Leblanc, Jean-Marc Chotteau, Arnaud Devincre, Eddy Vanoverschelde
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Création musicale : Timothée Couteau
Scénographie : Jean-Marc Chotteau
Construction : Alex Hermann
Décoration : Frédérique Bertrand
Lumières : Éric Blondeau
Régie : Charly Caure
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Durée du spectacle : 1h45 sans entracte environ


En portant à la scène Bartleby, Jean-Marc Chotteau s’attaque à l’un de ses livres préférés, pur chef d’œuvre de la littérature américaine, écrit par Herman Melville, l’auteur de Moby Dick. Parue en 1853, la nouvelle nous conte l’histoire d’un notaire à Wall Street dont les affaires s’améliorant lui ont permis de recruter un nouvel employé, Bartleby, qui vient rejoindre dans la modeste étude Dindonneau et Trombone, inénarrable duo comique de copistes besogneux.
Tout de suite, le nouvel arrivé se distingue au travail par son application zélée, jusqu’au jour où, à la demande faite par son patron de relire sa copie, il répond par cette phrase énigmatique : « I would prefer not to ». Bartleby, dès lors, refusant d’accomplir toutes les tâches qu’on lui confie, et désarçonnant son employeur par ces déconcertants « j’aimerais mieux pas », finira par bouleverser l’ordre établi.
Alors, ce Bartleby ? Est-il un rebelle ? Un ange ? un fou ? Un modèle d’Insoumission ? De résistance passive ? N’incarnerait-il pas ce désarroi, dans le passage d’un monde à l’autre comme nous le vivons aujourd’hui ?
La très personnelle - et fidèle à la fois - adaptation pour le théâtre que propose Jean-Marc Chotteau transpose l’action à Paris en mai 68, mais laisse comme chez Melville volontairement ouverte toutes les interprétations possibles du comportement mystérieux et étrange du personnage-titre de ce livre fascinant et troublant, comique et émouvant.



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NOTE D’INTENTION PAR JEAN-MARC CHOTTEAU

Rue du Mur

« Transposer un roman à la scène, je suppose qu’on ne peut le faire qu’à condition de souhaiter, d’abord, partager avec un public le plaisir qu’on a eu à la lecture ; ensuite, parce qu’on y voit la possibilité de dialogues, de mise en espace dans un décor et d’une distribution d’acteurs qui ne seront pas des personnages de papier. Il faut que l’histoire vous touche et vous fasse deviner les rires ou l’émotion d’une salle quand vous en aurez fait un spectacle vivant. Oui, j’avais bien tout cela quand me vint l’idée de mettre en scène un de mes livres de prédilection : Bartleby d’Herman Melville.
Mais une adaptation nécessite que celui qui ose l’entreprendre, surtout quand il s’agit d’un chef-d’œuvre, puisse répondre à la double exigence de la fidélité et de l’audace. Fidélité à une écriture, un style, un ton. Mais audace aussi de s’approprier le propos, de dégager une ligne claire, pour faire entendre, et aimer comme vous-même l’aimez, l’œuvre à ses contemporains.
Or, de ligne claire, et de propos, je n’en avais pas au sujet de Bartleby, et j’espère bien, dussé-je vous choquer ou inspirer déjà la critique de presse, n’en avoir toujours pas. Car ce qui fait la singularité de ce roman, sa force, sa séduction, c’est justement que son auteur ne nous dit rien, ou vraiment très peu de choses, du personnage qui en porte le titre, ni du sens de son incompréhensible comportement.
Je ne sais pas d’où vient Bartleby quand, « silhouette lividement nette », il rentre, pour la première fois dans l’étude du notaire qui vient de l’engager comme copiste. Quel âge a-t-il ? Est-il marié ? Où vit-il ? À quoi pense-t-il ?
Je ne sais pas pourquoi, dès son arrivée, il se met si docilement à gratter le papier, sans pause ni repos, sans parler à quiconque, pas même à ses collègues copistes aux doux surnoms de Trombone et Dindonneau.
Je sais encore moins pourquoi, dès le troisième jour, à son patron qui lui demande de relire sa copie, il ose répondre : « I would prefer not to », phrase sans queue d’un têtu, et qui est apparemment impossible à traduire si l’on en croit les dizaines de pages d’analyse des linguistes, philosophes et exégètes, de Deleuze à Derrida, qui se sont penchés sur les failles des innombrables traductions : de «  je préfèrerais ne pas », la plus littérale, et qui rend compte de la préciosité de la formule américaine, à « j’aimerais mieux pas », pour laquelle j’ai opté, car je la trouve plus aisée dans la bouche d’un acteur ; il s’agit bien d’une traduction pour le théâtre quand même !
Je ne sais pas non plus comment son refus maintes fois répété de faire ce pour quoi il a été engagé peut ne pas entraîner plus de colère chez son employeur… « Fraternelle mélancolie » ? Peut-être !
Malgré toutes ces questions, et cette ignorance, qu’est-ce qui fait donc que Melville réussit à nous faire sentir aussi proche d’un personnage aussi diaphane dans une intrigue aux tons changeants de comédie, de burlesque, d’absurde kafkaïen, de mélancolie, d’amertume et de révolte ? Pourquoi ce personnage, le livre achevé, nous reste-t-il si fort en mémoire ? Ma réponse est : un mur.
Derrière la fenêtre de l’étude du notaire, Melville nous décrit un mur, à quelques dizaines de centimètres des vitres, un mur de briques rouges et noircies, devant lequel Bartleby se tient souvent, debout, comme en contemplation. Et je réalise que l’auteur sous-intitule sa nouvelle : Une histoire de Wall Street, que les américains entendent comme « la Rue du Mur », c’est-à-dire là où se bâtissent, au moment où Melville écrit, les hauts immeubles de ce qui deviendra la capitale mondiale du marché boursier.
Et si l’insoumission douce et mélancolique de Bartleby avait à voir avec le désarroi qu’on éprouve lorsque les mutations du monde déstabilisent, effraient, et semblent produire l’édification de murs de toutes sortes et de plus en plus infranchissables ?
Sur les murs de mai 68 en France, on pouvait lire « il est interdit d’interdire » … Bartleby pensait-il déjà tout bas : « il est permis de désobéir » ? Pratiquait-il ce qui allait devenir aujourd’hui le phénomène récemment né aux États-Unis du « quiet quitting », la « démission silencieuse » des salariés, ce lâcher-prise un peu dépressif, entre l’aquoibonisme et la révolte tranquille, qui consiste à travailler le moins possible sans risquer de se faire virer ?
L’envie m’est alors venue de transposer la nouvelle de Melville à ce printemps-là où naquit en Occident le refus très contemporain et croissant de toute autorité.
Je ne sais s’il faut s’en réjouir. J’en doute il est vrai. Mais je sais pourquoi on peut se sentir frère de Bartleby. »

J.M.C.



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EXTRAIT DE L’ADAPTATION DE JEAN-MARC CHOTTEAU

LE NOTAIRE :
Mes amis, si son comportement est incompréhensible par la raison, peut-être ne l’est-il pas par l’imagination : il nous faut imaginer ce qui pousse Bartleby à cette extravagance. Je suis sûr qu’il ne pense pas à mal c’est certain ! Pauvre diable ! Ses excentricités sont involontaires.
Et puis il m’est utile ! je dois m’entendre avec lui.
Je le traiterai amicalement

DINDONNEAU :
Amicalement ?

TROMBONE :
Et si vous vous mettiez en colère pour susciter en lui une étincelle de réaction ?

LE NOTAIRE :
De réaction ? Comment voulez-vous que je réagisse à une telle résistance passive ? Bartleby est un savon de Marseille. Comment voulez-vous qu’on enflamme un savon de Marseille ?