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Saison 09/10 : Ecrit et mis en scène par Jean-Marc Chotteau Salon de Théâtre, Tourcoing (F) Voir les photos du spectacle |
![]() Visuel : Sébastien Lordez |
Notes d’intention
« 20 février 2008. Voilà qu’à la sortie de mon dernier spectacle, Le Réformateur de Thomas Bernhard, à peine délivré de ma loge et de la demi-heure de démaquillage, je me rends compte avant de rentrer chez moi que j’ai oublié d’acheter du pain pour le petit-déjeuner du lendemain. Il est plus de minuit. Qu’à cela ne tienne : quelques « Arabes du coin » sont encore ouverts à Lille. (C’est ainsi que l’on nomme ces petites épiceries d’alimentation générale qui semblent ne jamais fermer, pas même les dimanches)…
Rachid, que je connais, me sert ce pain de chez lui, peu salé et en forme de galette, et puis, tout en me demandant comment était ce soir le public, me propose amicalement une tasse de thé. Je parle, il m’écoute. Des clients aux origines les plus diverses entrent et sortent ; d’autres semblent vouloir s’attarder et poursuivre une conversation commencée la veille : tour à tour une dame sortant de l’Opéra et cherchant du champagne pour finir la soirée avec des amis, un videur de boîte de nuit, un sociologue, un SDF assoiffé, un flic, un couple d’étudiants…
Je deviens le témoin d’une humanité bigarrée, un peu perdue et comme en soif de confidences, à cette heure où les braves gens sont censés dormir. Voilà que mon épicier de quartier se transforme en confesseur, voire en psychanalyste.
Je suis comme au théâtre. Des répliques fusent ; j’ai parfois envie de rire, parfois je suis ému, et il m’arrive d’avoir peur. Les néons ne réchauffent pas l’atmosphère, mais mon « Night Shop » se colore d’une quête sensible de fraternité, à mesure que Rachid, toujours dans une bienveillante écoute et une discrète retenue, permet à chacun de se livrer…
Je viens de trouver le lieu, le décor, le personnage principal de mon prochain spectacle. Il ne me reste qu’à l’écrire, ayant déjà son titre : Night Shop, ou bien L’Arabe du coin. Peut-être les deux.
Et je sais ce que je veux y raconter. Il y sera question de racines et d’errance : la nuit, des solitudes, des émigrés de nulle part. Des mots qu’on échange comme des produits de première nécessité. Et je vois mon Arabe, fils d’immigré, comme l’héritier d’un tas d’histoires de son pays, contes et légendes, sentences et proverbes, qui lui permettent, à lui le déraciné, d’être de partout et de comprendre, de traduire, ces morceaux de vie qui viennent d’horizons qu’il ne connaît pas.
Je demanderai à Jacques Voizot de signer le décor. Je le voudrais naturaliste, avec l’odeur de ses légumes, la crudité de ses éclairages, l’invraisemblable diversité des produits plus ou moins alignés sur ses étagères… Une télé est là qui braille un match de foot ou une émission de jeux stupide… Dans le fond de l’échoppe, une porte un peu secrète. Derrière, un téléphone, comme un cordon ombilical peut-être avec cette Afrique du Nord où demeure une mère, un parent ou un ami.
Il y aura cinq nuits, cinq actes. Les mêmes clients reviennent chaque soir, comme un rituel. La pièce commencera au moment où l’Arabe ferme son rideau de fer, qu’il va rouvrir pour des clients de dernière minute. Ils savent que Rachid est un dépanneur de l’essentiel.
Le rideau de fer comme un rideau de théâtre. L’Arabe du coin est un théâtre. »
Jean-Marc Chotteau, 3 Avril 2009
Une création de La Virgule, Centre Transfrontalier de Création Théâtrale (Mouscron-Tourcoing)
Avec : Frédéric Barbe, Rachid Benbouchta, Cyril Brisse, Eric Leblanc, Carole Le Sone, Claire Mirande et Dominique Thomas
Décor : Jacques Voizot, assisté de Frédérique Bertrand
Lumières : Sébastien Meerpoel
Costumes : Léa Drouault
Assistanat : Carole Le Sone et Lucie Hardouineau
Durée du spectacle : 2h50 (entracte compris)
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