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Saison 09/10 : de Baptiste Coppens Salon de Théâtre, Tourcoing (F) |
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Brisant le silence qui est d’ordinaire le lot de sa solitaire mission, un gardien de phare se lance dans un brillant soliloque. Etonnamment, mais confortant en cela l’impression qu’il est bien mal à sa place dans cette vigie plantée au milieu d’une mer désertique, l’homme se met à discourir sur le théâtre et, plus curieusement encore, s’adresse directement au public qui lui fait face. L’orateur donne bien vite l’explication de cette étrange situation : suite à une erreur malencontreuse de l’équipe qui produit son spectacle, le voilà fichu d’un encombrant décor marin, lui qui est en fait sur scène pour délivrer au public les secrets de sa vie d’homme de théâtre. De fards il est bien le gardien, mais de ceux qui griment les acteurs et participent des illusions qui naissent sur les planches. Suivant le cours de ses confessions tour à tour drôles, passionnées ou emportées, mais toujours contées dans une réjouissante fantaisie verbale, l’homme est rejoint sur scène par quelques-uns des curieux personnages qui peuplent les coulisses des théâtres ; ainsi, quand l’acteur perd le fil de son récit, c’est un souffleur aussi muet qu’une carpe qui vient lui porter secours…
Le Gardien de phare est un vibrant cri d’amour à ce théâtre qui aime la langue et les mots, une ode poétique et humoristique à un art fragile et délicat qui, faute de telles attentions, pourrait bien un jour succomber aux assauts répétés des divertissements faciles et tapageurs. Si une pointe de nostalgie parcourt la pièce, c’est pourtant bien un chant d’espoir que livre ce spectacle loufoque écrit dans l’esprit de la grande tradition surréaliste belge. Tout comme un phare prévient les bateaux des écueils qui les précipiteraient par les fonds, ce gardien de fards lutte fièrement contre le temps, résiste aux modes comme Ulysse au chant des sirènes, et affronte la versatilité du public comme les édifices de pierre (dont il tient son titre) défient les bourrasques et les tempêtes. En faisant vivre devant nous cet art de l’éphémère dont il se fait le chantre, en créant en nous les mêmes souvenirs que ceux qui peuplent sa mémoire, l’homme de théâtre empêche l’objet de son amour de sombrer dansl’oubli qui le guette.
La Virgule est heureuse d’accueillir la création du Gardien de phare, première pièce écrite par Baptiste Coppens, jeune auteur de vingt cinq ans qui partage manifestement avec son oncle Bruno (Ma Terre Happy), une même plume cocasse et le goût de la pirouette langagière. Baptiste Coppens a écrit ce texte pour Jean-Claude Derudder en lequel il voyait ce « gardien de phare » déclamant avec humour, ironie, tendresse et passion son amour du théâtre. Comédien et auteur, directeur du Collectif Théâtre, Jean-Claude Derudder s’est illustré dans de nombreuses pièces depuis quarante ans bientôt qu’il sillonne les scènes de Belgique et de France. Il retrouve ici son compère de toujours Christian Debaere, l’animateur-directeur du Centre Culturel Mouscronnois, qui est aussi metteur en scène. Le duo s’est déjà commis à La Virgule, il y a quelques années, pour le plus grand plaisir de ses spectateurs, avec Caussimon en trois mots, hommage musical et théâtral aux textes de Léo Férré et Jean-Roger Caussimon. Dernièrement, les deux amis ont également créé ensemble Il Treno del sole, un spectacle actuellement en tournée.
Production : Le Collectif Théâtre (Mons)
Co-réalisation : La Virgule, Centre Tansfrontalier de Création Théâtrale (Mouscron-Tourcoing)
Avec : Jean-Claude Derudder et Simon Hommé
Durée du spectacle : 1h20 sans entracte