Note d'intention de
mise en scène, par Dominique Surmais
“Un couple,
figure romantique du bonheur, seuls enfin ! , dans une
vieille maison isolée sur la lande, entre les
rochers et la mer.
Un bonheur fragile comme sont fragiles les destinées
humaines.
“Celui qui va venir” est un homme, l’autre
homme, l’ancien propriétaire de la maison.
Il a hérité de la maison où a vécu
sa famille, où est morte sa grand- mère.
Un homme solitaire, à la présence insistante,
troublante, inquiétante.
Et la maison encore remplie de la vie et de la mort
de ceux qui l’ont habitée, hante bientôt
les pensées du couple et les nôtres.
Un homme, une femme amoureux,
et un autre homme qui pourrait les séparer.
Peu de personnages en un lieu unique, une unité
de lieu, de temps et d’action, un trio, une
dramaturgie proprement classique mais rien ne va de
soi.
Les personnages ne bougent pas ou si peu, de l’intérieur
à l’extérieur de la maison, de
l’extérieur à l’intérieur
d’eux-mêmes, une langue simple, répétitive,
des leitmotiv, une véritable partition.
Le temps suspendu, ralenti, distille l’angoisse,
dit la solitude humaine, la mort au coeur de la vie,
dessine un monde entre songe et réalité.
L’écriture
de Jon Fosse est sensible, minimale, le travail théâtral
qu’elle implique ne peut être imitation
d’une réalité, d’une psychologie,
simple incarnation de personnage.
Comme “Intérieur” de Maurice Maeterlinck,
“Quelqu’un va venir” est un des
grands textes de la “Non-représentation”.
C’est un texte à l’écriture
absolument musicale où le silence parle, parfois
hurle.
Dans un monde automatisé
où l’ on ne sait plus ce que l’on
ressent, ce que l’on pense, ce que l’on
est, “ Quelqu’un va venir “ est
ce théâtre qui met à jour les
choses muettes, secrètes que l’on peut
écouter en soi , le mystère de la destinée
humaine, les liens qui unissent le visible à
l’invisible.
Et comme dans le théâtre de Maeterlinck,
ce mystère au coeur de l’être humain,
son intimité profonde entretiennent des correspondances
avec la nature, le cosmos.
Dans la pièce de Jon Fosse, les lieux, la nature,
la maison, les pierres parlent.
Mettre en scène
“ Quelqu’un va venir” comme un poème
où la vibration, la couleur sonore des mots
sont plus importantes que leur sens immédiat.
Un peu comme un film de Bergman où les gros
plans, les visages où se lisent les émotions
les plus sensibles, les plus intimes, font du spectateur
un miroir et un partenaire.
Un poème sonore et visuel avec les images de
bonheur troublé et d’apparences traquées.”
Dominique Surmais |