Jean-Marc Chotteau
a découvert L’Autobus n’est juste à
l’heure que quand il ne passe pas en 1988, quand
sa Compagnie créait le Salon de Théâtre
à Tourcoing. Il est alors tombé amoureux
de la langue fantaisiste de Pierre Louki, dont le style
prend les accents de la drôlerie des Monty Python
ou d’Alphonse Allais, de l’absurde de Ionesco,
des exercices de style de Queneau, et de la métaphysique
de Beckett… Comme dans En attendant Godot,
les deux personnages de L’Autobus parlent
beaucoup, par une succession d'interrogations, d'exclamations
et de constatations sans suite, comme pour meubler une
existence vide et qui n'est plus soutenue que par une
vapeur d'amitié…
Les dialogues de Louki mêlent les interrogations existentielles
et la bouffonnerie, car la situation qu’il imagine
est pour le moins rocambolesque : deux hommes attendent
l’autobus, tout en étant certains que «
jamais un autobus ne passa dans cette rue ». Il est
vrai que « ça passe le temps » et que
« comme il n’y a pas de voie ferrée,
ce serait parfaitement ridicule que d’attendre le
train. »
La comparaison avec Beckett est d’autant plus justifiée
que Pierre Louki fut Lucky ( !) sous la direction de Roger
Blin à la création historique d’En
attendant Godot en France. Cette rencontre avec Roger
Blin poussera le jeune comédien à écrire
professionnellement des chansons, jusqu’à
devenir le complice auteur compositeur le plus estimé
de Georges Brassens, ou encore de Serge Gainsbourg, Juliette
Gréco et Pierre Labadie. Mais Louki maîtrise
aussi parfaitement l’écriture dramatique
qui pour lui est avant tout « un jeu ». Au
total il écrit près d’une vingtaine
de pièces nées d’une imagination foisonnante
et spontanée. Jean-Marc Chotteau, dans sa mise
en scène, fait de L’Autobus un éloge
du théâtre aussi loufoque qu’hilarant.
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