Le
Che s’en va.
Il quitte Fidel Castro, son pays, les honneurs de
sa charge de ministre : sa mission à Cuba est
pour lui achevée… Une nouvelle lutte
se prépare, cette fois en Afrique.
Dans son bureau propret du 9ème étage
du ministère de l’industrie, au milieu
des cartons et des questions urgentes que toute nouvelle
vie suscite, survient Lisa, une journaliste. Elle
a été la maîtresse du révolutionnaire.
Mais a priori ce n’est pas pour évoquer
les souvenirs d’autrefois qu’elle est
revenue vers son ancien amant : c’est le présent
qui déçoit. Le cola a le goût
de pétrole, les cubains marchent avec deux
chaussures droites pointure 40 et la pâte dentifrice
durcit dans les trois secondes à la sortie
du tube… Il y a des choses à revoir dans
la planification, il faudrait bien une révolution
aussi pour ça, et ici !
Pourtant, les paroles de Lisa tremblent d’un
autre aveu, où l’intime se lie étrangement
au politique... L’esprit d’El Comandante,
consacré tout entier à ses idéaux,
se laissera-t-il toucher par la colère, les
soupirs, le « cœur qui hurle », d’une
femme ?
Une heure avant le coucher du soleil, lorsque la lumière
fait lentement basculer le monde dans le silence et
la nuit, Lisa murmure au révolté que
le présent prend racine dans le passé,
qu’il est peut-être vain d’imaginer
toujours repartir de zéro, que l’urgence
d’une révolte, comme celle d’un
désir ou d’une action, fait place à
l’amour de la vie... et à la vie de l’amour
aussi.
Que fera Guevara, à cette annonce ? Même
cruelles, même injustes, les formules ne sont
pas réversibles.
S’en va Le Che !
M.P.
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