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Saison 06/07 : L'Annonce à Guevara - extraits |
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De Michel Franceus
Mise en scène Eric Leblanc |
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| Extrait 1 (début) |
Guevara
: Bon. Qu’est-ce qui t’amène ?...
Lisa : J’ai vu de la lumière et je me
suis dit… (Elle abandonne l’ironie et
sur un autre ton) : Non, c’est la solidarité…
Un collègue de Radio Progreso a été
suspendu pour avoir ironisé sur les pénuries
et le ravitaillement désordonné.
Guevara : Et alors ? Tu ne trouves pas ça
normal ? Voilà des années que nous suons
sang et eau pour rendre non seulement la vie possible
mais meilleure. Nos ouvriers, nos volontaires, nos
consortiums, nos administrateurs, tout ce qui reste
d’huile de coude dans ce pays se crève
à la tâche et des intellectuels, journalistes
de surcroît, ironisent…
Lisa : Ce n’est peut-être pas le bon
mot. Il a juste dit qu’un Cubain serait le prochain
champion du monde du brossage rapide des dents tellement
notre pâte dentifrice durcit dans les trois
secondes de la sortie du tube.
Guevara : Voilà bien des conneries d’intellectuel
ramolli. La révolution n’a que faire
de ce type de rabat-joie. Qu’il se lave les
yeux avec son dentifrice rêche, il verra peut-être
plus clair !
Lisa (toujours calme) : C’est un journaliste
avisé, l’un des plus honnêtes.
Il vous a toujours suivi de près. Il a livré
une analyse des plus fouillées de la planification
et du redéploiement industriel. Il compte parmi
vos premiers défenseurs.
Guevara : Il ne s’agit pas de moi mais de ce
que nous voulons pour ce pays. Depuis le 18 octobre
1960 et l’embargo yankee, nous avons lancé
une révolution industrielle plus importante
que celle menée par les armes dans la Sierra
Maestra. La réforme agraire, les nationalisations,
la diversification industrielle, les consolidados,
tout ça, nous l’avons fait, non ? Pourquoi
est-ce toujours aux intellectuels que je dois le rappeler
? |
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| Extrait 2 (Le Che et
Castro) |
Lisa
(tranchante) : On dit, Comandante, que vous vous êtes
engueulé avec Fidel ?
Guevara : … Oui et non…
ça fait quelques années que nous nous
frottons régulièrement… mais je
le comprends : lui, il dirige le pays. Moi, ce pays,
je le sers. C’est complètement différent.
Je l’ai dit et martelé à Alger.
Ben Bella, d’ailleurs, est d’accord avec
moi. Les Soviétiques nous font des enfants
dans le dos. (Il s’échauffe). Ils facturent
au gros prix leur aide médicale à l’Algérie.
Nous, nous l’offrons. Ils nous écrasent
en proclamant partout une hérésie capitaliste,
cette merde de loi de la valeur. Quel sens a-t-elle
dans des pays socialistes ? Si on l’admet, elle
signe la fin de la planification puisqu’on délaissera
les secteurs lourds, difficiles, en faveur des plus
rentables. Les Russes ont de l’argent, ils sont
puissants, qu’ils paient, carajo, en aide aux
pays socialistes moins nantis. Alors, ils seront dans
la ligne de San Carlos qu’ils disent vénérer…
(Il est près de s’étouffer).
Lisa : Calmez-vous, Comandante…
C’est tout ça que vous avez dit à
Alger ?
Guevara : Oui, en plus détaillé,
avec une tonne de rage !
Lisa : Je ne suis pas étonnée
que Fidel ait été fâché…
Il doit ménager les Soviétiques, lui….
Guevara : Ménager, ménager.
Ils nous ont ménagés eux ?… Au
premier pavillon Yankee, ils ont retiré leurs
fusées, sans nous demander notre avis, et aujourd’hui,
ils nous saignent pour l’aide industrielle qu’ils
nous apportent, sans parler de toutes leurs poquerias…
Tout bien compté, ils deviennent alliés
objectifs du capitalisme… Non, ce n’est
plus possible…
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| Extrait 3 (Le Che, la
Révolution, et les femmes) |
Guevara
: Il ne faut pas croire en l’amour des révolutionnaires
en-dehors du moment où ils le donnent…
Leur amour, c’est l’humanité, la
justice…
Lisa : C’est bien ce que j’ai
compris. Mais quand on est seule sous la couverture,
ça ne remplit pas les draps. Les hommes sont
plus capables de faire la coupure. Nous, nous restons
avec la mélancolie dans la bouche et nous disons
mañana, peut-être… C’est
pour ça que les femmes sont moins révolutionnaires.
Guevara : Elles ne sont pas moins
révolutionnaires mais plus soumises à
l’histoire des sexes, au rôle social qui
leur est dévolu depuis toujours dans les sociétés
traditionnelles. Mais l’homme nouveau entraîne
une femme nouvelle… (Il reprend son Maté)
Lisa : Sans doute, mais elle continuera
de mettre les enfants au monde… rien que ça,
c’est une différence totale…
Guevara : J’ai vu en Tchécoslovaquie
la façon dont on organise la vie des femmes
: crèches, jardins d’enfants, accueils
après l’école, tout ça
dans les entreprises. L’habitat lui-même
est conçu pour une prise en charge collective
des enfants. La nation entière assume la naissance
et l’enfance…
Lisa : Peut-être… Je
n’y suis jamais allée. J’imagine
mal la même chose ici, dans nos pays latins…
nous sommes trop différents, trop indépendants,
trop convaincus que notre enfant n’est pas un
autre…
Guevara : L’Etat saura montrer
que la discipline et le souci d’un développement
généralisé sont indispensables
à la collectivité. Les états
d’âme, les réactions de bourgeois
apeuré, les protections douillettes n’ont
plus leur place…
Lisa (Regardant la photo de Danilo)
: Pour une mère, son enfant, c’est sa
chair, son image et son cœur ! Tout ça,
on ne le standardisera jamais.
Guevara : Bien sûr, mais le
citoyen doit, dès sa naissance, pouvoir compter
sur l’Etat et profiter de toutes les structures
que cet Etat lui offre. |
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