Fixer
et dynamiser un espace privé, où un
temps unique (« minuit sept ») est absurdement
suspendu, n’est pas chose aisée.
Que ledit espace soit aussi le contenant d’un
couple aux prises avec des interrupteurs, des paravents,
un lit, un ascenseur et toutes sortes d’autres
machins, et qu’il faille le définir
par du mobilier et une lumière électrique
(ensemble nocturne commun à bien des appartements),
m’a conduit à envisager une esthétique
à tendance plutôt cubiste.
L’écriture elliptique, allusive et
fragmentée d’« Effets de nuit
», me semblait en même temps appeler
une scénographie utilisant des éléments
révélateurs d’un espace intime,
mais toujours parta-gé entre le révélé
et le caché. De là l’idée
de paravents mobiles cadrant un lit et des fauteuils
improbables, structurant un ensem-ble monochrome
et foncé, homogène et léger,
jouant par la lumière des transparences et
du flou des frontières. Car, même s’il
est toujours « minuit sept », où
est le jour, où est la nuit ?
Ainsi, pour l’éclairage : des principes
d’allumage et d’extinction permettant
de passer d’un lieu de pénombres à
celui d’un lit rassurant (ou parfois terrifiant)
décrivant la crudité, voire la cruauté
des relations entre les deux protagonistes. Car
le jour, c’est sans doute l’extérieur,
mais c’est plus encore l’autre dont,
sans défiance, il faut pourtant sans cesse
pouvoir se cacher ou se protéger.
Ces intentions scénographiques du voilé/dévoilé
(ou des limites invisibles de l’« intime
à deux »), devraient habiller un espace
homogène et pourtant fragmenté, à
partir d’une « chambre cubiste »,
dans une lumière contrastée, parfois
indirecte et douce, parfois au contraire directe
et franche, mais en aucun cas réaliste.
Rémi Nicolas