La contre-enquête
sur le « suicide » d’un anarchiste au
cours d’un interrogatoire à la préfecture
est malmenée par un bouffon usurpateur qui prend
le préfet de police, ses deux commissaires et un
agent de police au piège de leur parodie de justice
: dans une comédie jubilatoire, le célèbre
auteur italien, Dario Fo, Prix Nobel de littérature
en 1997, Molière d’honneur en 1998, fustige
les abus d’un système.
Six acteurs belges savoureux, sous l’orchestration
de Carlo Boso, portent cette comédie à son
point paroxystique de burlesque et de polémique.
La carrière de Dario Fo, flamboyant auteur-acteur
de notre époque, se confond avec les combats politiques
de son pays, l’Italie. Spectacle et engagement sont
pour lui inséparables, même s’il sait
donner au militantisme une chaleur de vie, une jubilation
inventive nourrie de techniques provenant d’arts populaires,
comme celui des conteurs, des marionnettistes, des cabarets
ou du cirque.
Son esprit contestataire mêlé du souci de ménager
des relations d’intime proximité avec le public,
notamment en maîtrisant parfaitement les ressorts
de la comédie et du dialogue direct, caractérise
la célèbre farce « Mort accidentelle
d’un anarchiste ». S’inspirant en 1970
d’un fait réel (le « suicide »
d’un cheminot anarchiste, Giuseppe Pinelli, au sein
de la préfecture de Milan), Dario Fo dramatise l’action,
en joue : dans la pièce, c’est un fou qui mène
l’enquête sur le suicide de son ami anarchiste,
et permet de tout révéler sur le mode du jeu,
dans une « dialectique jésuite » savamment
provocatrice, délicieusement drôle… «
Dario Fo invente le vaudeville militant » écrit
Valéria Tasca, l’adaptatrice.
Un texte que devait croiser le Théâtre de l’Eveil
dirigé par Guy Pion, accueilli l’an dernier
par La Virgule avec « Les Jumeaux vénitiens
» de Goldoni, qui s’attache à monter
des « mascarades bouffonnes » à résonance
politique. A cet envie proprement artistique, il convient
d’ajouter une profonde reconnaissance personnelle
à l’égard d’un auteur de théâtre
immense que Carlo Boso (le metteur en scène du spectacle)
et Guy Pion, ont eu la chance de compter parmi leurs professeurs,
le premier à l’école du Piccolo Theatro,
le second en accompagnant la compagnie de Dario Fo, La Comune
de Milan.
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