Il fallait de
l’audace pour rendre la parole au Faust muet de Murnau,
chef d’œuvre du cinéma expressionniste
allemand. Le Cartoun Sardines Théâtre, très
inventive compagnie marseillaise, a réussi le pari
de faire flirter sur scène théâtre et
musique avec le cinéma en sonorisant, en direct,
un film fortement marqué par la culture picturale
du cinéaste. Un cinéaste dont l’œuvre
tout entière nous révèle que notre
monde quotidien est image dans sa nature profonde. Dans
ce Faust très « cartounien », à
la fois fidèle et iconoclaste, qui déclenche
les rires sans trahir l’émotion, on découvre
avec jubilation que la voix d’un acteur et la présence
des musiciens sont capables de redonner, bien au-delà
du simple décor sonore, une nouvelle vie à
un film en suscitant, par les mots, un autre regard.
Depuis longtemps les Cartoun
Sardines Théâtre, dont les créations
très applaudies flirtent depuis 25 ans avec le 7e
art, voulaient confronter leur « art dramatique »
à un chef d’œuvre du film muet. C’est
le Faust de Murnau qu’avec Patrick Ponce ils ont choisi,
merveilleux film qui, revisitant le mythe faustien, parvient
à rendre réel le fantastique et fantastique
la réalité, dans une divergence quasi métaphysique
entre le clair et le sombre.
Une musique originale, et la voix d’un comédien,
présent sur scène comme les deux musiciens,
allait créer une vie sonore au film, intervenant
sur le jeu des personnages par le texte, mais aussi, - dans
le style extravagant propre à Cartoun Sardines, sous
la forme de respirations, interjections, soupirs, râles
et autres bruitages.
Sans vouloir trahir le sens donné par le cinéaste,
l’acteur et les musiciens s’incluent dans le
rythme émotionnel de l’image et apportent ainsi
une perception nouvelle à la lecture d’origine,
allant jusqu’à nous donner à entendre
la voix imaginaire du réalisateur Murnau ! Le spectateur
n’en découvre que mieux les intentions les
plus subtiles du film, et le génie d’un cinéaste
composant chaque image comme un tableau, et dont personne
jusqu’à lui n’avait pensé que
les mettre bout à bout allait raconter une histoire
et faire un film ! Happé par des images extraordinaires,
le spectateur du Faust des Cartoun Sardines ne peut tout
à fait s’empêcher de regarder du coin
de l’œil le trio de comédiens et musiciens,
qui vit littéralement l’action, et nous la
fait vivre, autrement, en direct, comme au théâtre.
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