| Prix
littéraires, premières théâtrales
retentissantes, incidents et scandales (notamment à
la création en 1979 d’Avant la retraite), procès
parfois : la biographie de Thomas Bernhard paraît
se réduire à l’histoire de son œuvre
et aux péripéties spectaculaires provoquées
par son acharnement à dénoncer l’enracinement
du mal nazi au sein de la société autrichienne.
Avec Avant la retraite, sur le mode de l’implication
et de la férocité, il réussit un prodige
littéraire : exprimer dans un huis clos étouffant
la vérité profonde d’êtres prisonniers
d’une idée qui a entraîné des
millions d’adeptes : le national-socialisme. S’inspirant
de « l’affaire Fibinger » qui déclencha
une crise politique majeure en Allemagne à la fin
des années 70, Thomas Bernhard transpose ce scandale
de la découverte du passé nazi d’un
juge honorable. Il imagine une soirée où un
ancien officier nazi, Rudolf Höller, reconverti en
respectable président de tribunal en Autriche, endosse
comme chaque année son plus bel uniforme de SS pour
fêter l’anniversaire de Himmler, l’organisateur
méthodique des camps d’extermination. Cette
trouble plongée dans le passé en compagnie
de Véra, la sœur complice et aimante, pourrait
n'être qu'un rituel sans faille s'il n'y avait la
présence violemment réprobatrice d’une
seconde sœur, Clara, paraplégique, qui les observe,
enfermée dans son silence sacrifié…
Dans une mise en scène d’une précision
éclatante, Agathe Alexis nous captive littéralement
en fouillant au couteau les recoins les plus nauséabonds
de la bonne conscience et de l’hypocrisie d’une
société toujours travaillée par ses
vieux démons.
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