Centre Transfrontalier de Création Théâtrale Tourcoing/Mouscron, dir. Jean-Marc Chotteau
     
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Du dégel


Descartes prend froid, s'enrhume et meurt. Voilà ce qui arrive au philosophe, à céder à la tentation du compromis avec un Pouvoir, fût-il celui d'une jeune Reine de 22 ans, qui l'invite à lui donner quelques cours, dans l'hiver glacé de la Suède.
Il ne voulait pas y aller, pourtant, dans ce " pays des ours ", " où les pensées se gèlent comme des fleuves ". Mais il part, oubliant ses réticences, comme appelé par je ne sais quel chant de sirène. Il n'en reviendra pas.

 
 

Au moment où j'écrivais " Le philosophe et la Reine " cette pièce que nous devions vous proposer la saison dernière et dont Descartes est le héros, de mauvaises nouvelles nous arrivaient concernant une probable diminution des aides allouées en France au Théâtre public. Coïncidence ? Cette rigueur budgétaire menaçant nos subventions s'affublait métaphoriquement du doux nom de… gel.
Ce refroidissement nous contraignait à reporter à cette saison la vingtième création de la Compagnie, avec le soutien précieux de la Comédie de Béthune, et un nouveau titre, dont on comprendra l'apparente futilité : " Le Jour où Descartes s'est enrhumé ".
Est-ce en demandant aux intellectuels ou aux artistes de se produire sur des terrains " gelés " qu'un Etat peut espérer éviter les fractures dont il prétend guérir la société ? Oui, les pensées peuvent se geler comme les fleuves. Et le Théâtre qui en est une des fabriques les plus précieuses en ces temps d'obscurantisme, risque gros.
Il nous faut donc, coûte que coûte, et sans l'attendre, forcer le réchauffement. C'est le sens de notre neuvième saison, qui tout en proposant au total moins de représentations que les précédentes, en sera, je l'espère, tout aussi… chaleureuse. Dans la convivialité qui le caractérise, le Salon de Théâtre conjuguera l'innovation (Les Salons de musique), l'ouverture aux compagnies régionales, et la nécessité de la création contemporaine pour un Théâtre vivant.

Descartes a le nez rouge ?
- Vite, le dégel !

JMC, 31 août 1996

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