Du
dégel
Descartes prend
froid, s'enrhume et meurt. Voilà ce qui arrive
au philosophe, à céder à la
tentation du compromis avec un Pouvoir, fût-il
celui d'une jeune Reine de 22 ans, qui l'invite
à lui donner quelques cours, dans l'hiver
glacé de la Suède.
Il ne voulait pas y aller, pourtant, dans ce "
pays des ours ", " où les pensées
se gèlent comme des fleuves ". Mais
il part, oubliant ses réticences, comme appelé
par je ne sais quel chant de sirène. Il n'en
reviendra pas.
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Au moment où j'écrivais " Le philosophe
et la Reine " cette pièce que nous devions vous
proposer la saison dernière et dont Descartes est
le héros, de mauvaises nouvelles nous arrivaient
concernant une probable diminution des aides allouées
en France au Théâtre public. Coïncidence
? Cette rigueur budgétaire menaçant nos subventions
s'affublait métaphoriquement du doux nom de…
gel.
Ce refroidissement nous contraignait à reporter à
cette saison la vingtième création de la Compagnie,
avec le soutien précieux de la Comédie de
Béthune, et un nouveau titre, dont on comprendra
l'apparente futilité : " Le Jour où Descartes
s'est enrhumé ".
Est-ce en demandant aux intellectuels ou aux artistes de
se produire sur des terrains " gelés "
qu'un Etat peut espérer éviter les fractures
dont il prétend guérir la société
? Oui, les pensées peuvent se geler comme les fleuves.
Et le Théâtre qui en est une des fabriques
les plus précieuses en ces temps d'obscurantisme,
risque gros.
Il nous faut donc, coûte que coûte, et sans
l'attendre, forcer le réchauffement. C'est le sens
de notre neuvième saison, qui tout en proposant au
total moins de représentations que les précédentes,
en sera, je l'espère, tout aussi… chaleureuse.
Dans la convivialité qui le caractérise, le
Salon de Théâtre conjuguera l'innovation (Les
Salons de musique), l'ouverture aux compagnies régionales,
et la nécessité de la création contemporaine
pour un Théâtre vivant.
Descartes a le nez rouge ?
- Vite, le dégel !
JMC, 31 août 1996
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