Centre Transfrontalier de Création Théâtrale Tourcoing/Mouscron, dir. Jean-Marc Chotteau
     
 
 
 
 
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Comma
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> Comma

Ecrit et mis en scène par Jean-Marc Chotteau

Du 21 novembre au 08 décembre 2006 (reprise)
Salon de Théâtre de Tourcoing

Avec Estelle Boukni et Jean-Marc Chotteau

 
 
En bref !
« Jean-Marc Chotteau nous offre une fable tendre et drôle qui traite dans un style nuancé et culturellement incorrect de la place des mots au théâtre, et plus largement dans nos sociétés. Il parvient à faire s’incarner des idées en contournant habilement les pièges du didactisme… là où un artiste comme Jan Fabre met en œuvre une subversion douteuse, si peu brillante et incapable de provoquer le moindre frémissement ou le plus petit choc, Jean-Marc Chotteau réussit à créer une émotion et à produire une violence beaucoup plus dérangeantes parce qu’elles ont un sens et trouvent une origine dans nos vies. » Pascale Roger, Revue Etudes, mars 2005.
« Comma, comme une histoire d'amour entre un acteur et son public. » A.M., France 3
« Comma, un propos toujours d’actualité, fort bien écrit et interprété, un texte qui touche juste. » C.V., La Voix du Nord
« Jean-Marc Chotteau excelle dans ce genre de spectacle tout en nuances. » M.D., Nord Eclair
« Une pièce intelligente et pleine de sains questionnements quant à la place de la parole et des mots dans nos sociétés modernes. » G.B., Sortir
« Le décor de Patrick Bugéïa est nickel, suffisamment décalé par rapport au réel pour qu’on se sente aussi au théâtre… La dernière partie constitue un beau morceau de bravoure : Chotteau y glisse avec verve sa conception face aux courants actuels. » M.V., Ouesthainaut.be
 
En détails...
 
> COMMA
Ecrit et mis en scène par Jean-Marc Chotteau
Salon de Théâtre, Tourcoing

Par Pascale Roger, Revue Etudes, mars 2005
 
Dans une salle aux dimensions parfaites pour un théâtre intime, la pièce s’ouvre sur une chambre d’hôpital : un homme, comédien de profession, vient rendre visite à un proche tombé dans le coma. Mais comment se tenir aux côtés de celui qui, dans un sommeil profond, gît entre la vie et la mort et aurait pourtant tellement besoin qu’on mette tout en œuvre pour l’éveiller ? Doit-on, comme le suggère l’infirmière, lui parler sans cesse ? « Il faut parler. Parler. Parler. Parler. » Or, il semble bien difficile de s’adresser à un être qui n’a plus aucune réaction et dont l’apparence et l’état, réduits aux fonctions biologiques les plus élémentaires (respiration, circulation du sang), ne rendent pas prompt à recevoir, à légitimer ou discréditer, aucune parole que ce soit. Et puis surtout, de quoi lui parler et de quelle façon ?
Assez rapidement, au fil du dialogue entre l’infirmière et le visiteur, s’opère un glissement, et l’on découvre pour notre plus grand plaisir que la situation est une allégorie du théâtre et du rapport au public. Le comateux, qui n’est pas incarné sur le plateau mais placé ingénieusement à l’endroit des spectateurs, n’est autre que le public lui-même, et les deux protagonistes, les voix symboliques et parfois discordantes d’une réflexion artistique et plus spécifiquement théâtrale. Ainsi, après l’expérience de la timidité, de la grandiloquence et du pathos, de l’identification et de la distance, de la fantaisie, de la logorrhée, de la provocation et de la violence, le silence est convoqué pour contrer le vacarme abétifiant des arts du langage et des médias, pour se remettre à écouter autrement les bruits du monde. Car le silence, comme le comma, cet espace imperceptible entre deux notes contigües, cette virgule (en anglais) entre deux propositions, est bien la respiration de la parole, ce qui la fait exister en lui permettant d’imposer son sens et sa profondeur, ce qui génère l’écoute à l’intérieur même du discours. Les dramaturgies du XXe siècle, de Tchekhov à Handke en passant par Beckett, Duras, Sarraute ou Pinter ont fait du silence non seulement le soubassement de la parole, mais en outre le moyen de questionner, voire d’ébranler le langage en le ramenant à sa source et en démontant ses constructions mensongères.
Jean-Marc Chotteau nous offre une fable tendre et drôle qui traite dans un style nuancé et culturellement incorrect de la place des mots au théâtre, et plus largement dans nos sociétés. Il parvient à faire s’incarner des idées en contournant habilement les pièges du didactisme. En s’élargissant tout au long du spectacle, partant d’un ancrage réaliste pour aboutir à une pensée existentielle et poétique (le spectacle se termine avec « Incompatibilité » de Baudelaire), le propos ne tombe jamais dans la lourdeur de la pièce à thèse. Tout en ne cessant d’interroger son art, le metteur en scène qui dirige le Centre Transfrontalier de Création Théâtrale (Tourcoing/Mouscron) se donne comme mission de défendre un théâtre du verbe, alors que la tendance actuelle est plutôt à l’exacerbation de l’image et de l’expression du corps. Même si, selon Roland Barthes, « la théâtralité c’est le théâtre moins le texte », même si le texte a dû être écarté pendant un temps pour que l’art de la mise en scène s’épanouisse au XXe siècle, il ne faudrait pas tomber dans l’extrême inverse en soupçonnant tous les mots et avec eux l’intelligibilité. Car comme l’écrit Jean-Marc Chotteau dans un éditorial, « Si notre siècle est certes entré à corps perdu dans le culte de l’image gratuite, y trouvant peut-être un apaisant antidote à la perte de sens et de valeurs du monde, notre théâtre, s’il acceptait de recourir aux mêmes facilités, n’exprimerait ce monde qu’en tombant dans le plus rétrograde des conformismes. Car finalement, un théâtre d’images plus que de mots, de metteur en scène plus que d’auteur, n’échappe à la digestion bourgeoise dont parlait Baty que s’il est porté par une parole, ou un canevas de texte, et qu’il suscite un commentaire dans la conscience du spectateur. Cela peut être le cas d’un spectacle aussi totalement muet que « Le Regard du Sourd » dont un « texte » sous-tend les images et participe de leur création. »
Comma fait donc écho à des polémiques récentes concernant la dernière édition du Festival d’Avignon. Et là où un artiste comme Jan Fabre met en œuvre une subversion douteuse, si peu brillante et incapable de provoquer le moindre frémissement ou le plus petit choc, Jean-Marc Chotteau réussit à créer une émotion et à produire une violence beaucoup plus dérangeantes parce qu’elles ont un sens et trouvent une origine dans nos vies. Entre les images, plates copies du monde, qui souvent ne veulent rien dire d’autre que ce qu’elles montrent et sont manipulables à l’infini, et la cacophonie des productions langagières dans laquelle tous les messages interfèrent les uns avec les autres et finalement s’annulent, le théâtre a sûrement un rôle à jouer, celui de faire émerger la pensée des interstices de la parole et d’apporter une vision symboliste qui exhalerait la vie de l’esprit et la possibilité d’un mystère.
 
> LA VOIX DU NORD
mardi 22 novembre 2005
 

« Comma » , première ce soir

Par Patrick SEGHI
 

Jean-Marc Chotteau retrouve à partir de ce soir
et pour un mois les planches du Salon de Théâtre
pour une création tragi-comique jubilatoire…

VDN : La première de « Comma », votre nouvelle création, se donne ce soir. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Jean-Marc Chotteau : Je vis une angoisse sereine. Comma est un spectacle très différent de ce que j’ai pu monter jusqu’à présent. Il arrive un moment où les artistes ont besoin de réfléchir sur ce qu’ils font ou ont fait. Ils ont besoin de prendre un peu de recul. Comma pose la question allégorique du rapport d’un artiste à son public. Mais rien n’y est figé. Le décor blanc est comme une page sur laquelle il faut écrire…

VDN : Est-ce une pièce introspective ?

J .M.C : Non ce n’est pas une pièce narcissique et solitaire de l’artiste autour de l’artiste et sur l’artiste. Cette pièce parle au public. Elle est construite en trois actes et à chaque fois le personnage principal tente quelque chose de nouveau pour réveiller son parent. Les dimensions active et réactive sont essentielles…C’est une façon divertissante de parler de son métier, d’évoquer ses passions et moi c’est le théâtre qui me passionne…

VDN : Quel est le fil de votre création ?

J.M.C : Un parent rend visite à un proche à qui il va devoir parler pour tenter de le sortir du coma . Mal à l’aise, il ne sait pas trop comment s’y prendre. On comprend vite la métaphore : celle d’un artiste qui, en face de son public, doit le ramener à lui, l’éveiller… Est-ce que ce que je lui dis sert à quelque chose ? La question est fondamentale. Au-delà du théâtre, le spectacle est une invitation à s’interroger sur notre capacité à entendre, loin de la cacophonie du monde.

VDN : Vous qui avez écrit cette pièce, quelles ont été les principales surprises formelles ?

J.M.C : En premier lieu, le fait que le jargon hospitalier regorge de métaphores théâtrales : le patient, le trou noir qui rappelle la salle où se trouve le public…Ensuite, le fait que comme le patient le public réagit, bouge, éternue, exprime sa satisfaction, son intérêt, son ennui…Lui qui cloué dans un fauteuil, tenu dans le noir est condamné à se taire…

VDN : Comment comptez-vous le sortir de cette léthargie ?

J.M.C : En trois actes, avec trois méthodes d’approche très différentes . Lors de la première visite le personnage que j’interprète signale à l’infirmière qu’il est acteur. Ce qui semble devoir être facile, parler à un proche, se révèle extrêmement difficile.
Lors de la deuxième visite, objets, chansons, extraits de pièces sont utilisés. Je joue avec l’infirmière. Une mise en abyme qui ne sert à rien…
La troisième visite est faite de bruit et de fureur. Je raconte le monde tel qu’il est… Un zapping provocant (ndrl. Dont on taira le résultat final).

VDN : Le tout porté par un étrange paradoxe pour un homme mots.

J.M.C : Oui, celui de faire vivre le silence entre les mots pour que la parole soit entendue. Comma signifie d’ailleurs en musique cette nécessaire fraction de ton entre deux mots. Et ce mot en anglais, espagnol, allemand, signifie également la virgule : cet espace où tout s’invente entre deux mots.

VDN : On en revient à la question essentielle de la relation au public…

J.M.C : Effectivement, le théâtre est un lieu où l’on peut prendre son temps. Où les spectacles sont donnés en quatre dimensions. Mais l’appel au silence n’est pas un appel à se taire mais à parler mieux. En clair, l’art de se taire pour mieux faire comprendre ce que l’on a à dire, encore faut-il avoir quelque chose à dire…Car le risque serait alors de perdre son temps et de tomber dans le vertige du silence. Avec Comma, ce que doit retrouver le patient c’est simplement le début d’une nouvelle vie…

 
 
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