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L'Annonce à Guevara
De
Michel Franceus
Mise
en scène Eric Leblanc
Avec
Alan Le Rouzic Monot et Valérie
Sarramona
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| Extrait 1 (début) |
Guevara
: Bon. Qu’est-ce qui t’amène
?...
Lisa : J’ai vu de la lumière et
je me suis dit… (Elle abandonne l’ironie
et sur un autre ton) : Non, c’est la solidarité…
Un collègue de Radio Progreso a été
suspendu pour avoir ironisé sur les pénuries
et le ravitaillement désordonné.
Guevara : Et alors ? Tu ne trouves pas ça
normal ? Voilà des années que
nous suons sang et eau pour rendre non seulement
la vie possible mais meilleure. Nos ouvriers,
nos volontaires, nos consortiums, nos administrateurs,
tout ce qui reste d’huile de coude dans
ce pays se crève à la tâche
et des intellectuels, journalistes de surcroît,
ironisent…
Lisa : Ce n’est peut-être pas le
bon mot. Il a juste dit qu’un Cubain serait
le prochain champion du monde du brossage rapide
des dents tellement notre pâte dentifrice
durcit dans les trois secondes de la sortie
du tube.
Guevara : Voilà bien des conneries d’intellectuel
ramolli. La révolution n’a que
faire de ce type de rabat-joie. Qu’il
se lave les yeux avec son dentifrice rêche,
il verra peut-être plus clair !
Lisa (toujours calme) : C’est un journaliste
avisé, l’un des plus honnêtes.
Il vous a toujours suivi de près. Il
a livré une analyse des plus fouillées
de la planification et du redéploiement
industriel. Il compte parmi vos premiers défenseurs.
Guevara : Il ne s’agit pas de moi mais
de ce que nous voulons pour ce pays. Depuis
le 18 octobre 1960 et l’embargo yankee,
nous avons lancé une révolution
industrielle plus importante que celle menée
par les armes dans la Sierra Maestra. La réforme
agraire, les nationalisations, la diversification
industrielle, les consolidados, tout ça,
nous l’avons fait, non ? Pourquoi est-ce
toujours aux intellectuels que je dois le rappeler
? |
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| Extrait 2 (Le
Che et Castro) |
Lisa
(tranchante) : On dit, Comandante, que vous
vous êtes engueulé avec Fidel ?
Guevara : … Oui et non…
ça fait quelques années que nous
nous frottons régulièrement…
mais je le comprends : lui, il dirige le pays.
Moi, ce pays, je le sers. C’est complètement
différent. Je l’ai dit et martelé
à Alger. Ben Bella, d’ailleurs,
est d’accord avec moi. Les Soviétiques
nous font des enfants dans le dos. (Il s’échauffe).
Ils facturent au gros prix leur aide médicale
à l’Algérie. Nous, nous
l’offrons. Ils nous écrasent en
proclamant partout une hérésie
capitaliste, cette merde de loi de la valeur.
Quel sens a-t-elle dans des pays socialistes
? Si on l’admet, elle signe la fin de
la planification puisqu’on délaissera
les secteurs lourds, difficiles, en faveur des
plus rentables. Les Russes ont de l’argent,
ils sont puissants, qu’ils paient, carajo,
en aide aux pays socialistes moins nantis. Alors,
ils seront dans la ligne de San Carlos qu’ils
disent vénérer… (Il est
près de s’étouffer).
Lisa : Calmez-vous, Comandante…
C’est tout ça que vous avez dit
à Alger ?
Guevara : Oui, en plus détaillé,
avec une tonne de rage !
Lisa : Je ne suis pas étonnée
que Fidel ait été fâché…
Il doit ménager les Soviétiques,
lui….
Guevara : Ménager, ménager.
Ils nous ont ménagés eux ?…
Au premier pavillon Yankee, ils ont retiré
leurs fusées, sans nous demander notre
avis, et aujourd’hui, ils nous saignent
pour l’aide industrielle qu’ils
nous apportent, sans parler de toutes leurs
poquerias… Tout bien compté, ils
deviennent alliés objectifs du capitalisme…
Non, ce n’est plus possible…
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| Extrait 3 (Le
Che, la Révolution, et les femmes) |
Guevara
: Il ne faut pas croire en l’amour des
révolutionnaires en-dehors du moment
où ils le donnent… Leur amour,
c’est l’humanité, la justice…
Lisa : C’est bien ce
que j’ai compris. Mais quand on est seule
sous la couverture, ça ne remplit pas
les draps. Les hommes sont plus capables de
faire la coupure. Nous, nous restons avec la
mélancolie dans la bouche et nous disons
mañana, peut-être… C’est
pour ça que les femmes sont moins révolutionnaires.
Guevara : Elles ne sont pas
moins révolutionnaires mais plus soumises
à l’histoire des sexes, au rôle
social qui leur est dévolu depuis toujours
dans les sociétés traditionnelles.
Mais l’homme nouveau entraîne une
femme nouvelle… (Il reprend son Maté)
Lisa : Sans doute, mais elle
continuera de mettre les enfants au monde…
rien que ça, c’est une différence
totale…
Guevara : J’ai vu en
Tchécoslovaquie la façon dont
on organise la vie des femmes : crèches,
jardins d’enfants, accueils après
l’école, tout ça dans les
entreprises. L’habitat lui-même
est conçu pour une prise en charge collective
des enfants. La nation entière assume
la naissance et l’enfance…
Lisa : Peut-être…
Je n’y suis jamais allée. J’imagine
mal la même chose ici, dans nos pays latins…
nous sommes trop différents, trop indépendants,
trop convaincus que notre enfant n’est
pas un autre…
Guevara : L’Etat saura
montrer que la discipline et le souci d’un
développement généralisé
sont indispensables à la collectivité.
Les états d’âme, les réactions
de bourgeois apeuré, les protections
douillettes n’ont plus leur place…
Lisa (Regardant la photo de
Danilo) : Pour une mère, son enfant,
c’est sa chair, son image et son cœur
! Tout ça, on ne le standardisera jamais.
Guevara : Bien sûr, mais
le citoyen doit, dès sa naissance, pouvoir
compter sur l’Etat et profiter de toutes
les structures que cet Etat lui offre. |
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