| Robert
Pinget, auteur d'Abel et Bela
Né à
Genève en 1919, Robert Pinget suit
des études de droit puis exerce brièvement
le métier d’avocat. En 1946,
il renonce à sa carrière de
juriste pour se consacrer aux arts qu’il
pratique déjà depuis l’enfance.
Il quitte alors la Suisse et s’installe
à Paris où il entre aux Beaux-Arts.
Pinget expose quelques fois dans les galeries
de Saint-Germain-des-Prés, avant de
décider, en 1950, de se tourner définitivement
vers l'écriture. Il publie son premier
roman Mahu ou le Matériau
en 1952, puis, dès l’année
suivante, un second Le Renard et la Boussole.
Grâce au soutien d'Albert Camus, d’Alain
Robbe-Grillet mais, surtout, de Samuel Beckett
qui sera son grand ami, Graal Flibuste
paraît aux Editions de Minuit en 1956,
maison qui éditera le reste de son
œuvre. Si Pinget défend, dès
lors, les couleurs du Nouveau Roman, c’est
toutefois l’écriture de pièces
de théâtre qu’il vit, ses
œuvres étant montées non
seulement sur des scènes prestigieuses
mais également adaptées pour
la télévision. Pinget acquiert
la nationalité française et
quitte la capitale pour « sa chaumière
» tourangelle où il écrit
inlassablement. Il y définit un style
nouveau, une « dernière veine
» qui présidera à l’écriture
de carnets dont la parution commence en 1982
avec la publication de Monsieur Songe, du
nom de ce personnage vieillissant dont Pinget
n'a jamais nié qu'il était un
alter ego.
L’œuvre littéraire de Pinget
fut récompensée par le Prix
des Critiques en 1963 pour L’Inquisitoire,
et, en 1965, par le Prix Femina pour Quelqu'un.
En 1987, le Festival d’Avignon mit à
l’honneur sa production théâtrale.
En 1990, le Grand Prix National des Lettres
lui fut décerné pour l'ensemble
de son œuvre.
«
On a souvent parlé, à propos
de Robert Pinget, d’auteur discret.
À l’abri de l’agitation
médiatique comme des cénacles
théoriques, il fut l’ennemi de
toutes les démagogies et des séductions
faciles. Discrète, secrète parfois,
la voix de Pinget est forte. Singulière,
elle est toujours aisément reconnaissable,
qu’elle aille vers l’excès
et la démesure ou vers l’économie
et la retenue. Elle s’éprouve
dans des tonalités variées :
humour grinçant et tendre, désespoir
désabusé ou douloureux, fantaisie,
gravité, critique acerbe, sympathie
certaine pour l’Autre sous toutes ses
formes… Chez Pinget, la recherche du
mot juste, du rythme porteur de sens, du ton
équilibré est toujours un exercice
de lucidité, qu’il s’agisse
de dramaturgie, de poésie ou de récit.
Il est temps de réévaluer cette
œuvre importante, en dehors des cadres
qui l’ont parfois contenue. »
[Présentation de Robert Pinget dans
le numéro spécial qui lui est
consacré par la Revue Europe –
n°897-898 janv.fév. 2004 ]
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