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Production : La Virgule (Mouscron-Tourcoing)
Avec le soutien de l’ADAMI
Avec : Rachid Benbouchta, Cyril Brisse, Simon Hommé, Éric Leblanc, Carole Le Sone, Claire Mirande, Dominique Thomas
Et : Rémy Delattre / Pierre Dos Santos, Corinne Lalondrelle, Lionel Quesnée
Décor : Jacques Voizot, assisté de Frédérique Bertrand
Décor construit dans les ateliers communaux de Mouscron par : Jean-Marc Platteau, Marcel Bossut, Sébastien Halliez, Claudine Simoene et Vinciane Stragier
Constructions annexes : Alain Le Béon
Lumière : Sébastien Meerpoel
Costumes : Léa Drouault


Vidéo

Phototèque


NIGHT SHOP ou L’ARABE DU COIN


Écrit et mis en Scène par Jean-Marc Chotteau


Durée2h50 avec entracte

Une interview de Jean-Marc Chotteau : « Je n’ai pas écrit l’histoire d’un type »...

En décidant, au printemps 2009, d’écrire et de programmer une pièce dont une épicerie arabe serait comme le personnage principal, j’ignorais que le sujet que je voulais aborder trouverait, un an plus tard, une résonance particulière dans le contexte politique français. Nombreux sont les journalistes qui, en m’interviewant pendant la période de répétitions, m’ont demandé si ma pièce répondait à sa façon à ce curieux débat sur l’identité nationale… commandité par un ministre « de l’immigration » !

Ce qui est sûr, c’est que Night Shop est une pièce sur l’identité. Ce n’est pas une originalité. On pourrait même dire que le théâtre pose par essence cette question, lui qui, depuis Aristophane, met en scène des « types ». Que ces types survivent au cours des siècles, c’est bien qu’ils n’ont rien de définitif, de figé. Si l’on remonte sans cesse des classiques, c’est que leurs héros, avec les mêmes mots, la même trame, apparaissent au fil des époques sous des jours différents ! Rien de plus changeant qu’un type ! Les plus grands de notre patrimoine théâtral n’auraient pas survécu à rester les mêmes ! « Le » Misanthrope, « le » Tartuffe, « l’ » Avare, ne sauraient être identiques à ceux-là imaginés, mis en scène et joués par Molière… Les acteurs, les metteurs en scène qui les incarnent aujourd’hui ont lu Freud, Marx, ont vécu 68 et la révolution de la toile, et leurs héros ont bien sûr changé en même temps que leurs regards. C’est bien pour cela qu’on va les revoir, ces types-là, encore et encore.

Je n’ai donc pas écrit l’histoire d’un type. Je ne sais qui est Samir, et je ne veux pas le savoir. Son identité ? Voyez ses papiers, c’est amplement suffisant et, même, pas nécessaire. A l’un des ses clients, Samir raconte ce que son grand-père lui disait : « L’identité, qu’il disait, c’est ce qui demeure identique, mais on change tout le temps ! On crèverait de rester les mêmes, de ne pas grandir, évoluer, se transformer ! Les religions, les races, les tribus, les communautés, mon petit, tout cela est fait pour nous figer dans un seul moule en te faisant faire la guerre à celui qui n’est pas dans le tien ! ». On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, et c’est une illusion de penser que nous restons les mêmes au cours de notre vie, vanité narcissique et rassurante dont il est difficile de se débarrasser… En conséquence, ma façon de participer à ce dangereux débat sur l’identité nationale qu’une autre présidence nous demanda d’alimenter, fut de porter au public une pièce qui donne à voir que poser simplement la question implique déjà une funeste réponse. La question, à peine posée, fige ce qui est mouvant, et veut emprisonner la complexité de chacun d’entre nous dans des frontières floues et simplistes : la couleur de peau, la langue ou, pire, l’origine ! « Au fait, ça commence quand l’origine ? La décolonisation ? La fin de la conquête espagnole ? La chute de l’empire romain ? Le paléolithique ? Adam ? Voulez-vous vérifier si je suis doté comme la majorité des Berbères du chromosome Y E3b2 ? Je peux aussi me livrer à une datation au carbone 14 si vous voulez ! »

Les personnages qui gravitent la nuit dans l’épicerie de Samir apparaissent dès l’abord comme des braves ou des sales types, ou des drôles de types assurément. Mais ils se révéleront, au cours de la pièce, différents de ce qu’on croyait qu’ils étaient. Noctambules un peu paumés, ils sont plus complexes qu’ils ne paraissent. Tous, émigrés en quelque sorte de leur propre vie, font apparaître que le plus étranger, ou étrange, de mes personnages, n’est pas forcément celui qu’on pense. Face à ses clients de passage (« le » Prof, « le » Videur, « la » Théâtreuse, « le » SDF, « la » Traviata, « le » Geek, …), Samir, mon Arabe du coin, toujours à l’écoute des autres, un peu à la fois confesseur et psychanalyste, et sage assurément, est le seul à porter un prénom… Un prénom qui signifie en arabe « l’homme de bonne compagnie », « celui qui accompagne les veillées »…

« L’Arabe du coin », c’était forcément un peu court !

Jean-Marc Chotteau