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LES RUSTRES


De Carlo Goldoni
Mise en Scène de Daniel Scahaise

Avec : Isabelle De Beir, Dolorès Delahaut, Jaoued Deggouj, Christophe Destexhe, Bernard Gahide, Bernard Marbaix, Stéphane Ledune, Julie Lenain, Hélène Theunissen et Laurent Tisseyre

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Production : Théâtre en Liberté (Bruxelles)
Coproduction : Théâtre de la place des Martyrs (Bruxelles)
Texte français : Gérard Vivane
Scénographie : Daniel Scahaise
Costumes : Anne Compère
Lumière : Philippe Fontaine
Durée du spectacle : 1h50 sans entracte


Tandis que la liberté et la folie gagnent les rues de Venise à l’occasion du carnaval, bien des palais restent les prisons dorées des femmes. Convaincus de leur domination éternelle, les hommes y règnent sans partage et affichent une misogynie aussi grotesque qu’inflexible. Ainsi, n’entendent-ils pas laisser les femmes céder à leur frivolité naturelle et déshonorer leurs familles en descendant dans la rue, ne serait-ce que quelques instants, pour goûter aux joies de la fête. Bien décidées à ne plus s’en laisser conter, quatre femmes vont mettre à mal la superbe de leurs rustres de maris et de pères grâce à quelques indiscrétions et confidences redoutablement distillées. Venise, la Sérénissime, ne le reste plus longtemps quand l’esprit du carnaval et sa remise en cause de l’ordre établi s’engouffrent dans l’intimité familiale pour y faire souffler le vent de la rébellion. Le monde conservateur et rouillé des maris et l’univers léger, ingénu et frondeur des femmes s’opposent dans un affrontement jubilatoire où tous les coups sont permis.

Daniel Scahaise, metteur en scène belge aux quelques quatre-vingts productions déjà, promet de ne rien épargner à ses personnages pour rendre à cette guerre des sexes hilarante sa place méritée d’œuvre emblématique de la comédie italienne. Ses « rustres » seront ainsi parfaitement fidèles à leur caractère légendaire : bourrus, hargneux, râleurs et intolérants à souhait, ils n’en exprimeront que d’avantage l’irrésistible puissance comique de leur machisme éhonté. Pour leur apporter la contradiction, quatre femmes se feront les porte-drapeaux de la condition féminine et s’en donneront à cœur joie pour les faire tourner bourrique. Chef d’œuvre absolu de Carlo Goldoni, et peut être même tout bonnement du théâtre, le texte écrit en 1760 n’a rien perdu de son potentiel comique et contestataire, et permet toujours de clamer haut et fort que les femmes ont, elles aussi, le droit de participer pleinement au carnaval de la vie.

Fondée en 1991, la troupe de Théâtre en Liberté a d’abord préféré l’itinérance à la sédentarité, investissant même régulièrement pour ses projets des espaces non théâtraux : l’abbaye de Villers-la-Ville, la station de métro Albert, la cathédrale Saint-Michel, le musée du Tram. En 1998, elle s’installe avec quelques compagnies qui partagent son éthique, au Théâtre de la place des Martyrs, en plein centre de Bruxelles, suivant Daniel Scahaise l’un de ses membres fondateurs qui vient d’être nommé directeur de cette salle à faire revivre. Pari totalement réussi quelques quinze ans plus tard. Grâce à l’attachement de la compagnie à créer un théâtre le plus louablement populaire, un théâtre de plaisir qui s’attache à faire continuer à vivre les classiques pour en cultiver la force intemporelle, sans surinterprétation, dans un travail scénique à la fois clair et résolument actuel, la Place des Martyrs est redevenue l’un des hauts lieux de la scène théâtrale francophone. Dans un véritable esprit de troupe, avec enthousiasme et imagination, ces fidèles compagnons se réunissent depuis vingt ans pour créer des spectacles à la dynamique et la fraîcheur évidentes, fruits d’une réflexion mûre mais qui ne s’exhibe pas.