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BLACKBIRD


De David Harrower
Création collective d’Impakt

Avec : Jérôme de Falloise et Sarah Lefèvre

Du mercredi 20 au vendredi 22 novembre 2013
au Centre Marius Staquet, Mouscron [B]


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"Prix du jury" et "Coup de cœur Jury des jeunes" Festival Émulation 2013
Production : Collectif IMPAKT (Liège)
Coproduction : Groupov, Théâtre de la Place (Liège)
Réalisé avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Service Théâtre
Avec le soutien de la Région Wallonne, de la Province de Liège et de Théâtre & Publics
Création collective : Jérôme de Falloise, Clara Flandroy, Sarah Lefèvre, Wim Lots, Fred Op de Beeck, Anne-Sophie Sterck, Raven Ruëll, Manu Savini et Lara Toussaint
L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté
Traduction française : Zabou Breitman et Léa Drucker
Durée du spectacle : 1h15 sans entracte


Phototèque


Pour sa première participation au NEXT Festival, La Virgule est heureuse d’accueillir un spectacle dont le projet avait été présenté en 2012 lors de son festival Les Eurotopiques dédié au(x) Mensonge(s). Dialogue tendu et haletant, Blackbird aborde frontalement la question d’une relation amoureuse entre un homme adulte et une jeune fille de 12 ans. S’agissait-il d’un amour hors du commun ou bel et bien d’un cas d’abus criminel ? Les sentiments exprimés étaient-ils sincères ou participaient-ils d’une manipulation perverse ? Parmi les membres du collectif Impakt qui présente ce texte sulfureux de l’Écossais David Harrower, on retrouve Jerôme de Falloise, l’un des trublions du Signal du promeneur présenté la saison dernière à La Virgule.

Quinze ans après, Una a fait sept-cents kilomètres pour venir retrouver Ray sur son lieu de travail, l’homme avec qui elle a vécu sa première histoire. Elle avait alors douze ans, lui, la quarantaine. Très vite, c’est à l’écart, à l’abri d’une porte rouillée dans un hangar froid et obscur, qu’il attire la jeune femme pour la soustraire au regard de ses collègues. Il a tout fait pour disparaître mais elle l’a retrouvé. Après six années passées en prison, il a changé de nom, de ville, de métier, et dit vivre avec une femme de son âge. Una, elle, est restée "là-bas". Là où les gens la montrent encore du doigt. Elle revit ce passé tous les jours. "C’est moi qui ai purgé ta peine", lui lance-t-elle. Se noue alors entre eux un étrange dialogue, serré, ininterrompu, où se déplie peu à peu une mémoire parsemée de contradictions. Une de ces conversations où l’on ne sait trop quoi se dire et où l’on peine à s’écouter. Où l’on cherche à savoir ce que veut l’autre, sans trop savoir ce qu’on veut soi-même. Où chacun hésite entre la joie et le reproche. Que peuvent se vouloir ces deux personnes aujourd’hui ? Que s’est-il vraiment passé ? Disent-ils toute la vérité ? Est-il possible de désigner un coupable et une victime ?

Blackbird questionne un cas particulier de pédophilie où les faits et leurs circonstances sont teintés à la fois d’amour, d’attirance et de répulsion. Que recouvre d’ailleurs le terme « abus » ? Qu’y a-t-il sous ce que la société condamne sans vouloir réellement l’interroger ? David Harrower s’arrête un temps, là où la loi et sa sentence avaient fixé le réel de manière irrévocable. L’auteur écossais réinsuffle la vie dans ce que la norme avait cristallisé. Ni condamnation, ni apologie, son texte interpelle précisément parce qu’il ouvre un espace où peuvent s’exprimer, par delà le besoin nécessaire de juger, la vérité intime de deux destins frappés par l’interdit. Comment, sans pouvoir en reparler, les partenaires maudits peuvent continuer à vivre avec, dans le fond de la gorge, le goût âcre de la question rémanente : « Pourquoi ai-je cédé à çà ? » Petit bijou de précision à la construction diabolique et à l’ambiguïté savamment entretenue, Blackbird aborde un sujet rarement évoqué de façon aussi frontale. Il soulève de vraies questions : sur la naissance du sentiment amoureux par delà la bienséance, le regard et le jugement des autres, sur le mensonge, sur la véracité des souvenirs dans la résurgence du passé…

Porteurs de ce projet qu’ils ont construit ensemble, avec l’aide de Raven Ruëll, Sarah Lefèvre et Jérôme de Falloise servent remarquablement ce propos par un jeu subtilement investi, à fleur de peau, toujours à la limite de la rupture. Ils ont choisi de concentrer la mise en scène sur l’échange verbal, gommant les références de temps et d’espace et rompant avec le présupposé réaliste de la pièce pour rendre la densité de l’écriture, retourner à la chair du texte, à la matière brute de cette confrontation : les corps et les mots. Ils cherchent à faire du public le « témoin par effraction » de ce face à face auquel Ray et Una ne peuvent plus échapper. L’habillage sonore de Wim Lots, joué « live » durant la pièce est aussi brut et minimaliste que le décor et la mise en lumière, mais il souligne avec une belle intensité l’évolution constante de l’état d’esprit des personnages. On ressort estomaqué de ce Blackbird très réussi, saisi par la force d’un texte et la grâce du duo d’acteurs.


Collectif Impakt

Né en 1978, Jerôme de Falloise a enseigné les sciences sociales pendant 3 ans avant d’intégrer l’École Supérieure d’Acteurs du Conservatoire de Liège. Il joue ensuite dans Les Perdants radicaux de Raven Ruëll, La Vie est un rêve de Calderon par Galin Stoev, L’Indigène de Kroetz par Nathalie Mauger et Un uomo di meno de Jacques Delcuvellerie dont il est également assistant à la mise en scène. Membre du Raoul Collectif, il a participé à l’écriture, la mise en scène et au jeu du Signal du promeneur.

Sarah Lefèvre, née en 1989, est également lauréate de l’ESACT du Conservatoire de Liège. Elle a joué en 2011 dans L’Indigène de Kroetz, mis en scène au théâtre de la Balsamine par Nathalie Mauger. En 2012, elle participe à Entourloupolis, création collective de la compagnie du Parking. En 2013, elle assiste Nathalie Mauger pour son cours de Tragédie à l’ESACT de Liège.